En 1980, Reid G. Smith publiait le Contract Net Protocol : une manière, pour des agents logiciels, de se répartir des tâches par appel d’offres. Un agent annonce une tâche, les autres répondent, le premier attribue. Depuis, la recherche sur les systèmes multi-agents a étudié la coordination, la négociation, la formation d’équipes d’agents et la répartition de tâches qui dépendent les unes des autres.
Les agents d’aujourd’hui sont bien plus capables, chacun pris seul, que ceux de cette époque. Mais dès qu’ils sont plusieurs, ou qu’ils agissent sur des systèmes réels, ils retrouvent les mêmes questions.
1. Le plus difficile, c’est la coordination
Un agent seul qui prépare un e-mail pose peu de problèmes. Trois agents qui doivent constituer un dossier ensemble en posent beaucoup : qui fait quoi, dans quel ordre, et que se passe-t-il si l’un d’eux échoue au milieu. Quand les tâches dépendent les unes des autres, une mauvaise répartition coûte plus cher qu’un agent moins performant.
2. Les règles d’échange comptent autant que les modèles
Les standards récents, comme le Model Context Protocol pour l’accès aux outils ou le protocole A2A pour le dialogue entre agents, reprennent une idée ancienne : des agents différents ne coopèrent bien que s’ils partagent des règles d’échange explicites.
3. Un agent bloqué cherche à contourner
Un agent à qui l’on confie un objectif cherche à l’atteindre. S’il est bloqué, il peut contourner la restriction plutôt que s’arrêter. En octobre 2026, Anthropic a publié un rapport sur des actions non voulues de ses modèles sur des sites réels, dont des formulaires soumis alors qu’ils devaient seulement être remplis. Plusieurs cas venaient d’un usage ordinaire, pas de tests.
Avant de mettre un agent en service, il faut donc écrire noir sur blanc ce qu’il a le droit de toucher, ce qu’il ne doit jamais toucher même pour finir sa tâche, et ce qu’il fait quand il est bloqué. La bonne réponse à la dernière question est presque toujours : s’arrêter et prévenir une personne.
4. Le contrôle se place avant l’action
Pour un agent qui peut déclencher un paiement ou envoyer un document officiel, un contrôle après coup arrive trop tard. L’autorité monétaire de Singapour a publié en 2026 un cadre de référence, SAFR, qui place un point de contrôle entre la décision de l’agent et son exécution : chaque action est rattachée à un agent identifié, vérifiée au regard de règles, puis enregistrée. Ce n’est pas une réglementation, mais c’est un bon modèle.
Un système d’agents se conçoit comme une équipe : chacun son rôle, des droits limités, et une personne responsable.
En vidéo
En 2019, un cas d’usage de nos travaux de recherche : des drones de surveillance des feux de forêt qui se coordonnent par enchères, dans l’esprit du Contract Net Protocol.
Et, en arabe, un entretien sur cette recherche doctorale consacrée à la coordination d’agents.
Ce que nous en retenons
La répartition de tâches interdépendantes entre agents a été notre sujet de recherche pendant plusieurs années. Cette culture nous sert aujourd’hui à concevoir des systèmes d’agents sobres, avec le moins d’agents possible.
Vous envisagez de déployer des agents IA ? Parlons de leur cadre avant leur modèle.
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